"Depuis quelques semaines, la population réunionnaise a pu assister ou avoir connaissance de réactions d’opposition à la création d’une zone de réserve marine à l’île de La Réunion. Ces réactions émanent de certaines personnes défendant des activités de prélèvements sur le milieu. Pour le grand public, cette situation fait naître des interrogations bien naturelles auxquelles nous avons à cœur d’apporter des éléments de réponse.

Les milieux coralliens de La Réunion sont particulièrement vulnérables de par leur faible éloignement de la côte et de par leur faible extension (25 km de long ; moins de 7% du périmètre de l’île) au regard d’une densité de population de plus de 800 hab./km² en zone littorale.
Au cours de ces dernières décennies, l’urbanisation littorale, les activités agricoles sur les bassins versants et les activités humaines sur les espaces maritimes (loisirs nautiques, pêches…), se sont accrues de façon considérable. Il n’était pas raisonnable de penser que tout ceci pouvait être sans conséquence sur le milieu.

L’urbanisation littorale et l’augmentation des activités agricoles ont conduit dès les années 80 à une détérioration de la qualité des eaux du lagon. Défavorable aux coraux, ces eaux dénaturées favorisent, entre autres, le développement des algues concurrentes. La diminution de la vitalité corallienne a réduit la biodiversité et a affaibli l’effet protecteur de la barrière, menaçant ainsi le littoral.
La privatisation du domaine public maritime et la « bétonisation » des hauts de plage ont également amplifié l’érosion des plages.
Parallèlement, les activités humaines se sont multipliées sur l’espace corallien, le menaçant directement par des actions mécaniques (chocs, piétinements) et indirectement par des activités de pêche non régulées. C’est ainsi que l’on a pu voir une diminution des populations de poissons qui conduit aussi à réduire la vitalité corallienne. En effet si les coraux constituent un abri et une source de nourriture pour de nombreuses espèces dont les poissons, ces derniers entretiennent et maintiennent les coraux en bonne santé en limitant les organismes agresseurs. De plus, les piétinements répétés sur les platiers interdisent la régénération des colonies coralliennes : en effet, il est bien difficile, d’éviter d’écraser les repousses coralliennes étant donnée leur petite taille …

Il faut reconnaître que depuis des années des efforts conséquents et onéreux, financés par les collectivités et donc par les impôts citoyens, ont été fournis dans certains domaines et se poursuivent : traitement des eaux usées (urbanisation), meilleure utilisation des produits phytosanitaires (agriculture). Mais l’accroissement rapide de la population et la demande de développement nécessitent des efforts constants dans ces domaines et ils devront être soutenus, amplifiés et coordonnés.
En revanche, peu d’actions efficaces ont été mises en œuvre et soutenues, pour réduire l’impact d’activités humaines en prise directe avec le milieu corallien, activités en pleine explosion avec le développement des moyens de transport...

Il est donc impératif de structurer les différentes activités humaines, de modifier certains comportements, de mieux conduire les politiques d’exploitation et d’aménagements littoraux si l’on veut que les générations futures puissent aussi profiter des ressources et des attraits de ce milieu.
C’est dans ce but que La Réserve Nationale Marine a été créée en février 2007; afin que son futur gestionnaire puisse intervenir, coordonner, gérer au mieux ce milieu et non le mettre sous cloche. Les contours et les règlementations de cette réserve sont un compromis né de la concertation pendant plus de 3 ans avec les représentants des différents utilisateurs du milieu, les décideurs locaux, et les scientifiques ; soit au total plus de 200 réunions selon la DIREN. Malheureusement, entre la validation du comité de pilotage (2003) et la publication du décret (2007), 4 ans se sont écoulés.
Au vu des réactions, il nous semble que beaucoup d’incompréhension demeure  et il nous apparaît judicieux de rappeler quelques grands traits de La Réserve Naturelle Marine.
L’effort de protection concerne au total, moins de 10% du linéaire littoral de l’île et intègre 20 des 25 km de la longueur totale des récifs coralliens de l’île. Ces derniers sont les seuls espaces à posséder des niveaux appuyés de protection : soit des niveaux moyens dits « renforcés » (niveau 2), soit forts dits de « protection intégrale ou sanctuaires » (niveau 3).
L’essentiel des espaces coralliens est soumis à la protection intermédiaire de niveau 2 qui écarte les prélèvements et les activités agressives pour le milieu. A l’extérieur de la barrière corallienne, des zones sont réservées à la pêche professionnelle. Dans ce niveau 2 de protection, des activités y compris de pêche, seront autorisées et réglementées par un plan de gestion qui veillera à leur caractère « durable ». Ce plan est à mettre en œuvre par concertation avec les usagers concernés, une fois le gestionnaire désigné.
La protection maximale de niveau 3 ne couvre que 1,97 km2 (moins de 6% de la surface totale de la réserve) et concerne uniquement des espaces discontinus de platiers et de pente externe. A leur niveau, toutes les activités humaines sont interdites afin de permettre une reconstitution des peuplements coralliens et d’assurer un renouvellement de la ressource, qui profiteront aux autres zones.
Il est à noter que, partout en zone de réserve, les zones sableuses des lagons restent ouvertes à de nombreuses activités dont la baignade.
Concernant la pêche, si l’on ajoute les espaces de niveau 1 disponibles et les zones permises par le niveau 2 de protection, plus de 70% de la réserve est ouverte aux activités de prélèvements dans un cadre réglementé ...
Au total et en terme de linéaire, seulement 2,5% de l’ensemble du littoral réunionnais sont ainsi soustraits à l’activité de pêche ; 97,5% restent disponibles et parmi eux 30% des zones coralliennes !

Il n’est pas raisonnable d’affaiblir les principes retenus pour la réserve marine. En particulier, un espace de protection trop restreint ne pourrait être à même de régénérer la ressource et de conserver une bonne biodiversité ; de plus la stabilité physique du littoral serait sérieusement compromise.
Signalons aussi que le souhait exprimé par des opposants de revenir à l'ancienne législation ne réglerait que les activités de pêche ; ce serait exclure de la gestion tous les autres acteurs ! A qui cela profiterait-il ? Sûrement pas aux poissons, vu l’inefficacité de cette réglementation depuis plus de 30 ans…
La réserve naturelle marine est l’outil indispensable pour gérer un petit espace corallien original et attractif. Elle fournit le cadre réglementaire et les moyens nécessaires non seulement à la gestion des prélèvements (pêches, collectes) mais aussi des activités qui directement (loisirs, tourisme) ou indirectement (urbanisation, agriculture) interagissent avec le milieu corallien.
Vouloir affaiblir cet outil, c’est à la fois hypothéquer l’avenir et compromettre le patrimoine naturel de TOUS les réunionnais.


N’oublions pas « qu’il ne faut jamais sacrifier l’avenir au présent » !"